vendredi 11 août 2017

S-TEC II Chevrolet 19000 km à l'E85

Spark 1.2, kit automatique depuis 2354 km et 16899 km au mélange SP/E85





Pour le moment, aucun soucis avec le kit fonctionnel monté par un installateur agréé qui a su repérer la panne du kit et a pris le temps de gérer le problème.

Montage


Après la galère du montage à cause des délais de la première livraison de la société Eco-système et du délai lié au retour d'un kit qui ne fonctionnait pas et qui est revenu avec le cache plastic au bout du boitier de protection en aluminium défoncé avec un bout de ruban adhésif  posé dessus pour éviter l'humidité, ça marche enfin !

Si la société Eco-System lit ce blog , qu'elle fasse attention à la qualité de ses produits livrés et au soins apporté aux réparations du S.A.V.

Le produit fonctionne bien, même très bien quand la carte n'est pas HS, mais le reste un peu moins. Leurs excuses sont pathétiques, les congés, les ponts, la poste, le compte de l'installateur qui avait disparu, ...




Relevés de la Spark


Consommations en fonction de la concentration en alcool-moteur




Consommations et prix de revient




Que peut-on en conclure pour le moment ?


Consommation et prix de revient


  • Une consommation en E85 été pur proche du calcul théorique, pas d'optimisation visible. Le fabriquant du kit pipeaute avec 15% de surconsommation annoncée, je m'y attendais.
  • Beaucoup de petits trajets en mode rural, avec entre deux des arrêts d'une heure en moyenne, souvent moins. Augmentation de la consommation plus importante qu'attendue.
  • Alors qu'avec le kit le Stepway surconsomme quand on met du SP, la Spark semble sous-consommer.
  • Le PRK a chuté de 1,88 €. Il est passé de 6,28 € en E40 à 4,40 € / 100 km en E71 moyen depuis le kit. A conditions économiques et à type de route équivalentes sur le moyen terme, je ne pense pas pouvoir encore diminuer le coût du carburant.
  • La Chevrolet Spark consomme l'équivalent de 3,77 litres au cent de gasoil d'un Dci 90. 

Agrément de conduite


  • Démarrages à froid : plus besoin de plusieurs coups de clefs au démarreur, même à 100% d'E85 été dans le réservoir par les matins pluvieux.
  • Aucune différence sensible comportement du  moteur entre SP et E85. J'ai pu le constater en faisant un plein de SP puis en remontant par paliers à l'E85 pur été. La conductrice principale n'a rien remarqué à part la jauge d'essence qui descend moins vite.
  • Tests en Open Loop et en WOT : pas de trous à l'accélération et puissance égale au SP. On a l'impression que ce mode de fonctionnement n'existe plus.
  • Le LTFT en E85 reste toujours bien en dessous de sa valeur maximum et le STFT continu à varier entre son minimum et maximum en fonction des sollicitations de l'accélérateur tout en étant aux alentours de zéro au point mort à l'arrêt.
  • L'odeur du SP à froid a disparu, remplacé par l'odeur moins prononcée et caractéristique de l'alcool-moteur. 
  • La jauge de carburant a l'air précise contrairement au Dacia Sandero Stepway.

Points négatifs


  • Avec un si petit réservoir (35 litres maxi), on a l'impression de faire le plein tous les deux jours.
  • Consommation à froid et sur de multiples petits trajets professionnels.
  • Parfois difficulté à trouver une station vendant de l'E85 à proximité, obligation d'avoir une petite réserve en jerrycans.
  • Amortissement du kit sur environ 22000 km par rapport à l'ancienne mixture de SP et d'E85, un peu plus qu'estimé.


Conclusion


La modification de l'injection du Chevrolet S-TEC II est une réussite et est grandement recommandable.
Les consommations sont a affiner, pas assez de recul en 2354 km mais la tendance à la gourmandise est bien visible contrairement au Renault H4Bt, plus moderne et turbocompressé.
Pour gagner en autonomie et en consommation, la solution est peut-être de rajouter entre 2,5% et 5% de SP en été.

(A suivre ...)

jeudi 10 août 2017

Dépôt sur les soupapes d'admission et injecteurs à cause de l'alcool-moteur

E85 et dépôts sur les soupapes d'admission et les injecteurs


Le symptôme est connu depuis la fin du 19 ème siècle. L'alcool-moteur maintient un moteur dans un état impeccable sauf qu'on relève de petits dépôts à l'admission, sans gravité, que l'on peut même éliminer sans difficultés lors d'un démontage du moteur lors d'une révision générale.

Il faut être au courant, c'est le seul défaut constaté, bien moins pire que la calamine d'une combustion à l'essence qu'on retrouve partout dans le haut moteur.

C'est tout simplement dû au fait qu'il n'y que les additifs de l'essence de base dans l'E85 (qui contient en moyenne 25% de SP et 75% d'alcool). L'E85 est déjà un carburant propre et ces dépôts ne se repèrent à peine (on les pèse en mg) qu'au bout de quelques dizaines de milliers de km.

Les pétroliers et les grandes surfaces ne rajoutent donc pas leur pack d'additifs nettoyant à l'E85.

Les études US et Suédoises sur les véhicules roulant 100% à l'E85 concordent mais il ne faut pas psychoter non plus
.
Les dépôts sont aussi notables à l'E10/E15/E20, dans une moindre mesure et si on ravitaille majoritairement en SP95-E10 chez un pétrolier, il n'y aura pas de dépôts.

Il se forme un léger dépôt proportionnellement à la quantité d'E85 consommée. Donc imperceptible lorsqu'on roule au mélange SP/E85 sur un véhicule non modifié.

La solution, pour les rouleurs à l'E85 pur, est de faire un plein de SP Premium de temps en temps car il contient un pack d'additif nettoyant moteur plus puissant et très efficace. Les dépôts diminuent de 50 à 75%  chaque 500 km environ.

Et dire que certains expliquent encore que l'E85 est corrosif. Le décapage du circuit d'alimentation en essence et du haut moteur avec du SP Premium semble être impressionnant.

J'ai évoqué indirectement cette particularité de l'E85 dans :



Qu'en est-il en réalité ?


Dans l'étude réalisée avec les additifs (brevet BASF) pour carburant sur 20.000 km  :


Les dépôts sur les soupapes d'admission sont :

  • importants sans pack d'additifs de contrôle des dépôts 229 mg/soupape
  • moyens avec un pack formulé avec du Polyisobutène Amine (PIBA) 55 mg/soupape
  • faibles avec un pack formulé avec du Polyetheramine (PEA) 22 g/soupape

Pouvoir de nettoyage :


Le PEA concentré à 1000 mg/kg de carburant, en 500 km réduit les dépôts de 229 mg à 60 mg, puis de 60 mg à 26 mg les 500 km suivants.

Donc ça marche même si ça ne dit pas qu'un SP98 premium nettoie mieux qu'un SP95-E10 de supermarché en France.

Que font chacun de ces éléments ?


  • Le PIB élimine l'eau du système et empêche de former de nouveaux dépôts. Ne supprime pas les dépôts existants.
  • PIBA nettoie le système de carburant et supprime tous les dépôts existants. Nécessite des applications moins fréquentes que les nettoyants PIB.
  • PEA est l'agent de nettoyage le plus efficace disponible dans les additifs de carburant. Il agit plus efficacement que PIB et PIBA.

Que faire ?


  • Rien si vous mettez dans votre réservoir un mélange de SP et d'E85 car votre véhicule ne supporte pas 100% d'E85.
  • Faire un plein de SP Premium tout les 10000 km ou un demi-plein tous les 5000 km lorsqu'on roule 100% à l'E85 le reste qu temps.
  • Décrasser régulièrement son moteur en roulant à haut régime. Par exemple autoroute en 4ième vitesse ou route de montagne en montant dans les tours.
  • Acheter un additif qui n'est pas de la poudre de Merlin Pinpin . Attention la plus part des nettoyants soupapes et injecteurs vendus en France en Centre Auto sont inefficaces et pas forcement compatibles avec l'E85
  • The Best Fuel Injector Cleaners of 2017 avec en particulier le Chevron Techron Concentrate Plus Fuel System Cleaner qui contient du PEA.



 Au plus simple


Mais est-ce que ça vaut le coût de commander sur internet un additif nettoyant (environ 15 €) alors qu'on peut faire un demi-plein tous les trimestres ou semestre à la station du pétrolier au coin de la rue ?
En mettant 25 litres de SP98 premium dans le réservoir au lieu de 25 litres d'E85, ça vous coûtera plus cher en carburant mais vous roulerez environ 30% de kilomètres en plus pour à peut prêt le prix du flacon de traitement + port.

Composition des nettoyants soupapes et essence du commerce


Grande surprise sur la composition des produits vendus à prix d'or sur internet et dans les centres autos qui corrobore l'inefficacité soupçonné de ceux-ci. Je vous laisse juger.

Ça me fait penser aux enzymes gloutons anti-redépositions.
Quelques ml de produit miracle qui protègent un moteur durant 10000 km, c'est vraiment se foutre du consommateur.

ETUDE DES NETTOYANTS INJECTEURS ESSENCE


Tous ces nettoyants ont sensiblement les mêmes composants qui rentrent dans leur composition:
  • 5 à 25% d'alcool puissant (alcool isopropylique ou phenol, parfois coupé avec de l'éthanol)
  • 1 à 5% de booster d'octane (triméthylbenzène ou methylcyclopentadienyl manganese tricarbonyl) => Anti-détonnant (indice octane : environ RON 120)
  • 1 à 5% de dégrippant lubrifiant (polyakylène amine)
  • 65 à 90% d'hydrocarbure support (white spirit ou kérosène)


ETUDE DES NETTOYANT POUR SOUPAPES


  • 70 à 90% de composé N° EINECS 919-164-8 => White spirit
  • 1 à 5% de composé N° EINECS 926-141-6 => Kerosène
  • 1 à 5% de composé N° EINECS 919-284-0 => Kérosène avec Aromatiques
  • 0.5 à 2.5% de composé N° EINECS 919-273-4 => pétrole avec aromatiques


mardi 8 août 2017

1917 : Bulletin des usines de guerre : Alcool moteur (suite et fin)

Bulletin des usines de guerre

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Histoire de l'E85 / Superéthanol du XIXe siècle à nos jours




Voitures d'ambulance Septembre 1917


suite de l'article Bulletin des usines de guerre : Alcool moteur 1917


Auteur : France. Sous-secrétariat d'État de l'artillerie et des munitions. Ministère de l'armement et des fabrications de guerre.
Éditeur : Ministère de l'armement et des fabrications de guerre (Paris)
Date d'édition : 1918-06-10
Provenance : Bibliothèque nationale de France Lien Gallica BNF





RAPPORT
sur l'emploi de l'alcool comparé à la benzine comme combustible dans les moteurs d'automobiles

(Suite et fin.)


les résultats à obtenir et les inconvénients de la marche par l'alcool.


La question qui nous intéresse en premier lieu est celle de la consommation du combustible et la puissance à obtenir.

Nous avons vu que pour chaque coup de piston, le carburateur doit fournir en poids d'alcool 1,5 fois autant que la benzine. Or, le poids spécifique de l'alcool (90-93 p. 100) est de 0,82, tandis que, pour la benzine, il est d 0,72 ce qui fait que pour une utilisation de 1,39 litre de benzine on aura une consommation d'alcool de 1,83 litre, c'est à dire que comptée en litres, la consommation du combustible alcool est à peu près 1,32 fois plus grande, ou bien encore que.l'on consomme 32  p. 100 plus d'alcool que de benzine.

Nous verrons que les résultats obtenus avec les essais réels effectués concordent entièrement avec ces chiffres calculés théoriquement.

Qu'en est il à présent de la puissance à obtenir ?


Si nous admettons que le pouvoir calorifique de la benzine et celui de l'alcool soient respectivement  de 10,500 et 6,000 calories par kilogr., on aura pour une quantité de chaleur de 10,500 calories transformées en travail dans le moteur, en cas d'emploi de la benzine. 9,000 pour l' alcool.
Si donc la transformation de la chaleur en travail se fait de même dans les deux cas, on voit que la puissance que l'on peut atteindre en cas de l'emploi de l'alcool. reste encore d'environ 10 p. 100 en-dessous de celle que l'on obtient par la benzine. Nous ne devons pas oublier toutefois que si l'on a mis le carburateur au point en diminuant partiellement l'arrivée d'air, nous obtenons ainsi un remplissage du cylindre moins bon qu'à l'origine (au cas d'emploi de la benzine) de sorte que la puissance développée tombe un peu, ne fut-ce même que très peu.

D'autre part, pourtant, du moment où l'échauffement du moteur est bien atteint, la transformation de la chaleur en travail aura lieu souvent, en cas d'emploi de l'alcool, avec un rendement un peu meilleur qu'avec la benzine, de sorte que ces deux influences peuvent s'annihiler réciproquement, et nous pouvons admettre le chiffre ci-dessus, c'est-à-dire que dans la plupart des cas, la puissance développée (pour un nombre égal de révolutions par minute) sera environ 10 p. 100 plus basse que pour la benzine.

Ce qui précède montre donc que l'emploi de l'alcool (en litres) donne lieu à une consommation supérieure de un tiers à celle de la benzine et en même temps à une production de puissance inférieure de un dixième environ à celle de ce dernier combustible.

D'autre part, comment va se comporter le moteur ?


Lors d'une température chaude, il pourra être possible, du moins dans les moteurs à carburateurs automatiques avec gicleur de stationnement d'obtenir la mise en marche du moteur directement par l'alcool.

Toutefois, aussi longtemps que le moteur n'est pas encore chaud, la marche sur route sera assez irrégulière ; même si le moteur veut marcher sur le grand gicleur, on devra être extrêmement prudent en donnant le gaz, attendu qu'autrement le moteur ne tire pas. Il ne peut être question de marcher, aussi longtemps que le moteur n'est pas convenablement chauffé et sur les pentes ou en cas de ralentissement, il faudra donc lui rendre très vite sa marche ordinaire.

Au fur et à mesure que le moteur s'échauffe, ces inconvénients disparaissent progressivement de sorte qu'après une certaine durée de fonctionnement, la marche d'un moteur effectivement chauffé est tout aussi favorable que si l'on faisait usage de benzine et même elle peut être plus favorable, eu égard aux limites de l'explosion du mélange-combustible — air, — circonstance en suite de laquelle le moteur peut paraître plus souple.

Si cependant le temps est froid on aura souvent de bien grandes difficultés à mettre le moteur en marche avec l'alcool et c'est pourquoi il est recommandé d'avoir un réservoir spécial de benzine pour la mise en marche.

En général, on ne doit pas juger un moteur qui marche à l'alcool d'après sa conduite en été, mais d'après sa conduite pendant les mois d'hiver.

Le réservoir spécial de benzine dont il vient d'être question a encore une autre utilité. Les inconvénients dus à la corrosion dont il a déjà été question plus haut, se font naturellement le plus fortement sentir aussi longtemps que le moteur n'est pas chaud de part en part, car aussi longtemps ou il n'en est pas ainsi, la vaporisation pourra être incomplète et les chances de combustion incomplète deviendront aussi plus grandes.

C'est pourquoi il est recommandé de laisser le moteur s'échauffer entièrement par la benzine et de ne le faire marcher à l'alcool que quand ce résultat est acquis.

Il est tout aussi recommandé, avant d'arrêter le moteur de laisser encore marcher celui-ci à la benzine.

En effet, s'il se forme par exemple de l'acide acétique la corrosion sera forte, s'il reste dans le moteur des restes de vapeur et peut être aussi quelques parties d'alcool qui se refroidissent avec le moteur.

En laissant marcher le moteur avec la benzine pendant quelque temps encore, on empêche dans une très grande mesure ce phénomène de se produire.

Il y a cependant une autre espèce de corrosion contre laquelle on ne sait faire que peu de chose : c'est la rouille due à la présence de l'eau.

Les 10 p. 100 d'eau que contient l'alcool rouillent facilement les réservoirs en fer, les parties en fer du  carburateur, etc. Si l'on emploi l'alcool dénaturé le phénomène est encore plus fort.

Cette eau peut aussi exercer une influence nuisible sur les parties du moteur qui ne sont pas très chaudes.

En vue de réchauffer le moteur très rapidement, on peut enlever en hiver, par exemple, la courroie du ventilateur ou prévoir au radiateur un dispositif moyennant lequel il peut être partiellement couvert à volonté.

Essais d'un certain nombre d'autos et de motocyclettes militaires.


Furent désignées pour les essais les machines suivantes :

  • Panhard-Levassor no 503 type 10 HP 1913, voiture de tourisme.
  • Delahaye n° 156 type 12/16 1913. Celle-ci fut remplacée par une Opel n° 83 de tourisme.
  • G. N. C. n° 587 camion - charge = 1.350 kil.
  • Presto n° 821 camion - charge =1.500 kil.
  • Lartini n° 781 camion - charge = 3.000 kil.
  • Arbenz n°793 camion - charge = 2.000 kil.
  • Les essais furent en outre étendus à une motocyclette, marque Excelsior n° 230.


Panhard Lcvassor. — Cette voiture fut conduite à l'état chaud vers le dépôt de benzine et. là, vidée et remplie d'alcool. Sans aucune difficulté le moteur se mit en marche avec le gicleur de stationnement.
Toute tentative pour donner du gaz eut cependant comme résultat que le moteur s'arrêta. Tout d'abord, on augmenta le poids du flotteur moyen par lequel il fut possible de maintenir le moteur en marche et de rouler à la première vitesse sur une certaine distance.

Le joint entre le tuyau d'aspiration et le carter du moteur fut remplacé par un joint en plomb pour mieux conduire la chaleur.

Dans la suite, on plaça une conduite de chaleur pour l'air. Le carburateur n'a pas de soupape ou de bague rotative pour l'air additionnel; il reçoit tout son air directement, mais en deux endroits, c'est-à-dire par un couple de petites ouvertures sous le gicleur et une ouverture principale à mi-hauteur de celui-ci.

Cette dernière ouverture fut reliée par un tuyau à un entonnoir d'aspiration qui fut fixé au tuyau d'échappement.

Par ce moyen, on ne gagne pas encore assez. Après cela, on plaça dans l'ouverture principale une embouchure à orifice conique, grâce à laquelle l'ouverture d'air principal fut notablement diminuée.

On obtint, ainsi, un gain notable, attendu qu'il fut dès lors possible de faire rouler .la voiture à toutes les vitesses. La voiture ne donna pourtant pas encore toute 'satisfaction. En bouchant partiellement les petites ouvertures d'air, à l'aide de liège, la situation fut déjà améliorée de beaucoup.

Toutefois, même avec le moteur chaud, la marche ne fut pas encore suffisante. En fin de compte, le gicleur fut un peu agrandi, de même que les ouvertures d'alimentation vers cet organe. On obtint ainsi effectivement une grande amélioration; la voiture marcha bien. On donna encore un peu d'avance à l'allumage, après quoi on procéda aux essais de consommation.

Ce ne fut qu'après un très fort échauffement du moteur qu'il fut possible de donner un peu plus d'air, circonstance à la suite de laquelle le liège précité fut remplacé par une petite bague rotative qui permit la fermeture plus ou moins complète de toutes les petites ouvertures d'air pendant le roulement.

Après un grand nombre d'essais, on, obtint le meilleur résultat :
Vitesse : 48 kilomètres à l'heure.
Consommation : 1 litre d'alcool pour 5 kilom. 1.

Pour la benzine, les relevés furent pris, bien entendu, quand la machine était appropriée à son emploi.
La situation la plus favorable fut ; Vitesse : 51 kilomètres à l'heure.
Consommation : 1 litre de benzine pour 6 kilom. 8

La consommation de combustible pour une voiture aussi petite (70 x 140) est démesurément élevée, ce qui doit être attribué à l'état d'usure, à la faible compression et à des circonstances atmosphériques défavorables (beaucoup de vent de côté et très violent).

C'est pourquoi les vitesses obtenues sont également si petites. La proportion entre la consommation d'alcool et celle de la benzine concorde assez bien avec ce que l'on pouvait attendre c'est-à-dire respectivement 19,9 et 14,7 par 100 kilomètres, soit donc, pour l'alcool un tiers en plus.

Après les modifications précitées, il fut .possible de mettre directement la voiture en marche par l'alcool, même à l'état froid. Si on avait laissé tourner le moteur en station pendant quelques instants seulement, la voiture pouvait partir sans difficulté et, après cinq minutes environ de roulement, le moteur était mis à une température si favorable que le fonctionnement était tout aussi simple et facile qu'avec la benzine.

Après que les essais furent terminés, on démonta, entre autres, une soupape d'échappement, ce qui permit de constater des traces de rouille insignifiantes. Avec un réservoir auxiliaire à benzine, cela ne serait pas arrivé.

Delahaye, n° 156/(Opel n° 83). — Du rapport établi au sujet de la première de ces deux voitures, il résulte que les essais durent être arrêtés par suite de panne du moteur avant que le résultat final ne fut atteint.

A sa place, on essaya une Opel n° 83. Bien qu'il parut possible de faire marcher convenablement la voiture à l'alcool, après avoir agrandi le gicleur, augmenté le poids du flotteur et placé un réchauffeur d'air, la machine reçut manifestement trop d'air additionnel froid, de sorte que. par marche trop rapide, il y eut des ratés et des retours au carburateur (système G et A). Le moyen qui fut employé à ce moment, d'après le rapport, pour couper totalement l'air additionnel, est mauvais, attendu que la carburation ne peut jamais rester dans de justes proportions pour les différentes vitesses.

G. N. C. n° 587. — D'après le rapport établi pour cette voiture, on peut constater ce résultat singulier que, probablement à cause d'un trop grand agrandissement du gicleur, il est apparu nécessaire d'ouvrir davantage une partie des passages d'air. Les essais faits avec cette voiture n'ont pas été poussés assez loin par suite du manque de temps, de sorte que la consommation d'alcool est aussi beaucoup plus élevée ; elle est de 50 litres par 100 kilomètres, contre 28 litres pour la benzine.
Presto n° 821. — De même dans les essais faits avec cette voiture, on n'a pas été assez loin. Le résultat obtenu en fin de compte, en coupant totalement l'air froid dans le carburateur Méco employé, n'est pas défavorable en ce qui concerne la consommation de combustible, qui fut de 36 litres par 100 kilomètres pour l'alcool et de 28 litres pour la benzine ; mais par l'étranglement trop fort de l'air, la puissance doit ici diminuer. On obtiendrait un meilleur résultat par le remplacement des différents diffuseurs sans trop étrangler l'air.

Arbenz n° 793. — Les essais sont ici très instructifs, parce qu'ils ont montré, entre autres, que, pour certaines machines, la diminution du remplissage du cylindre déjà mentionnée antérieurement et occasionnée par l'étranglement de l'air peut devenir sensible. Par suite de cette circonstance. la puissance tomba beaucoup.

Le carburateur Bolex qui est employé dans cette voiture fut pourtant construit en Suisse à une époque où l'on manquait de benzine et il n'est pas très approprié au moteur. Si l'on avait un carburateur mieux
approprié, on aurait probablement obtenu un meilleur résultat avec la consommation de combustible qui fut respectivement pour l'alcool et la benzine de 50 et 30 litres par 100 km.

On remarque aussi dans cette voiture une énorme différence dans la conduite du moteur lorsque le temps devient moins chaud.La variation relativement faible de la température estivale exerçait une influence appréciable dans la conduite du moteur.

Ce qu'il y a d'intéressant aussi dans cette voiture, c'est que l'on y observa une corrosion déjà sensible.

Lartini n° 781. — Cette voiture a donné des résultats assez favorables, après qu'on eut étranglé quelque peu et réchauffé l'air principal, qu'on eut augmenté le poids du flotteur et qu'on eut tendu davantage le ressort de l'admission d'air additionnel en plaçant de petites plaques.

On a réalisé ici une modification très favorable en essayant d'utiliser la chaleur rayonnante et l'échappement au profit de la conduite d'arrivée d'air en les enveloppant tous deux d'une enveloppe d'amiante. La consommation constatée, soit 40 litres d'alcool contre 28 litres par 100 km. pour la benzine et pour une vitesse de 15 km. à l'heure, montre que l'on s'est approché assez bien de ce qu'il était possible d'obtenir.

CONCLUSIONS


L'auteur du rapport est d'avis qu'il n'y a pas lieu de recommander pour l'armée 1'emploi de l'alcool. Le grand nombre de types différents de voitures qui y sont en usage fait que l'on pourrait courir le risque de voir effectuer ces essais par un personnel qui ne serait pas absolument compètent. Par suite de cette circonstance, on aurait, d'une part, des voitures qui marcheraient continuellement avec une carburation trop riche et qui montreraient de ce chef une forte corrosion.

Des voitures militaires doivent en outre être à même de pouvoir partir instantanément sur un ordre donné, et en hiver, cette condition ne pourra être réalisée dans toutes les voitures.

Même si l'on prévoyait dans toutes les voitures un réservoir auxiliaire de benzine pour la mise en marche du moteur, l'auteur précité estime quand même encore indésirable que l'on expose le matériel  militaire aux inconséquences de l'emploi de l'alcool, à moins que la nécessité ne s'en fasse sentir au plus haut point.

En conséquence, aussi longtemps que la : benzine nécessaire à l'armée peut encore être obtenue à un prix qui n'est pas moins de un tiers plus élevé par litre que celui de l'alcool, et aussi longtemps que les autorités ont leurs apaisements au sujet des approvisionnements de guerre de benzine, il n'y a pas de raison de passer à l'emploi de l'alcool.

Le Gérant : G. PECELON.

dimanche 6 août 2017

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samedi 5 août 2017

1917 : Bulletin des usines de guerre : Alcool moteur

Bulletin des usines de guerre


Histoire de l'E85 / Superéthanol du XIXe siècle à nos jours



Camionnette de l'armée française 1917


Auteur : France. Sous-secrétariat d'État de l'artillerie et des munitions. Ministère de l'armement et des fabrications de guerre.
Éditeur : Ministère de l'armement et des fabrications de guerre (Paris)
Date d'édition : 1918-06-03
Provenance : Bibliothèque nationale de France Lien Gallica BNF




L’armée et le Ministère de l'armement et des fabrications de guerre posent les bases de la carburation FlexFuel en 1917 en France.


Préambule


Tout y est sauf la sonde lambda et l'injection.

Chaleur latente de vaporisation, rapport air/carburant, démarrage, température d'air d'admission, taux de compression, avance de l'allumage, pouvoir calorifique , réservoir auxiliaire, réchauffement du carburateur...

Ce rapport militaire rectifie aussi les erreurs de rapport stœchiométriques et propose une listes de modifications à effectuer, des astuces ... il est toujours d'actualité de nos jours, à part que l'injection électronique n'avait pas été inventée.

Il faut remplacer de nos jours benzine/benzol pour Sans-Plomb avec leurs caractéristiques propres et on retrouve tous les repères.


N.B. : vous remarquerez qu’on ne parle pas du tout d’essence ou de pétrole … comme quoi, on n’a pas besoin des Majors et de l’OPEP.

Glossaire


Benzine :  

En 1823, un savant nommé Mitscherlich, en distillant du benjoin avec de la chaux, avait obtenu un liquide volatil sentant très bon. Inconnu jusque là, il donna à ce liquide le nom de BENZINE. En 1836, Mansfield obtint, en distillant des goudrons provenant d'usines à gaz un liquide semblable à celui obtenu par son prédécesseur et dont il conserva le nom.

Benzol :

C’est le nom commercial donné à la benzine du goudron de houille. Ce fut longtemps un sous-produit de la distillation (pyrolyse) de la houille en coke et en gaz de houille utilisé comme carburant. Mélange toxique de benzène , de toluène et de xylène1.

Alcool-moteur / éthanol :

Carburant utilisé dès les années 1890 qui a été remplacé par l'essence de pétrole pour des raison de coûts. Couramment mélangé au benzol et/ou à l'essence dans les supercarburant jusqu'aux années 1960. Super-éthanol carburant commercialisé dès 1932 en France

Essence :

Produit de la distillation du pétrole. Pas de plomb dans le carburant à l'époque, mais plutôt de l'éthanol ou du benzol pour limiter les cliquetis.


RAPPORT
sur l'emploi de l'alcool comparé à la benzine comme combustible dans les moteurs d'automobiles


Ce rapport, daté du 4 août 1917, a été établi par l'ingénieur B. Stephan, assistant à l'Ecole technique supérieure de Delft, à la suite d'une demande du commandant du dépôt du service automobile de l'armée en Hollande (De Auto, 23 et 30 août, 6 septembre 1917).
Il a pour objet les essais qui ont été faits sur quelques autos, camions et motocyclettes en vue de l'emploi de l'alcool comme combustible dans les moteurs d'automobiles, en remplacement de la benzine uniquement employée dans ces véhicules.
Commencés en 1916, sous l'empire d'une menace de pénurie de benzine, ces essais furent arrêtés quand on fut certain de disposer à nouveau d'une quantité suffisante de ce combustible, raison pour laquelle M. Stephan proposa lui-même de ne pas continuer les essais, dont, dit-il, il attendait peu de résultats. Ils ont été repris en 1917.
L'alcool employé ne fut pas dénaturé à la façon ordinaire, c'est-à-dire avec l'esprit de bois (alcool méthylique), mais avec du benzol.
Toutefois les considérations générales et les conclusions du rapport, comme on le verra, peuvent être appliquées aux alcools dénaturés de la façon ordinaire.

Propriétés générales


Les deux alcools inférieurs de la série sont : l'alcool méthylique, ou encore alcool ou esprit de bois ; alcool éthylique ou alcool ordinaire.

Pouvoirs calorifiques de ces deux alcools :

  • 5.300 cal. par kil. pour l'alcool méthylique.
  • 6.360 cal. par kil. pour l'alcool éthylique.

Celui de la benzine est de 10.800 cal. par kil. ce qui montre que, à égalité de transformation de la chaleur en travail, la consommation en alcool est notablement plus grande que celle de la benzine.

Pratiquement, pour l’usage des moteurs, seul l'alcool éthylique doit être pris en considération, entr'autres parce que l'alcool méthylique peut donner lieu à corrosion dans une mesure plus grande que l'alcool éthylique.

Etant donné que l'alcool contient toujours de l'eau, son pouvoir calorifique est inférieur à celui de l'alcool chimiquement pur.

Pour l'alcool :

  • à 95 p. 100 il est de 6.000 cal. par kilogr.
  • à 93 p. 100 il est de 5.875 cal. par kilogr.
  • à 90 p. 100 il est de 5.665 cal. par kilogr.
  • à 85 p. 100 il est de 5.318 cal. par kilogr.
  • à 80 p. 100 il est de 4.970 cal. par kilogr.

La présence de cette eau rend difficile l'emploi de l'alcool dans les moteurs d'automobiles avec un carburateur à pulvérisation ordinaire, et cela d'autant plus qu'il y a plus d'eau, de sorte que, sans addition d'autres combustibles, l'alcool de moins de 90 p. 100 ne peut être employé avec succès, dans les moteurs qui ne sont pas construits spécialement pour cet emploi.

L'alcool ne brûle pas facilement, c'est-à-dire sans l'appoint d'une très grande quantité d'air.
Ce fait bien connu a souvent donné lieu à des malentendus ; en effet, on avait conclu, à tort, que, comme l'alcool exige un plus grand excès d'air que la benzine, il fallait pour un poids égal d'alcool ou de benzine, fournir plus d'air lorsqu'on utilisait l'alcool. Ce qui suit prouvera le contraire.
En effet, pour la benzine, l'appel d'air est de 1,4 à 1,5 fois, et pour l'alcool, 1,8 à 1,9 fois la quantité d'air théoriquement nécessaire à la combustion complète.
Cette quantité théorique est pour la benzine 12,2 mètres cubes par kilogr. et, par conséquent, en pratique, il lui faut 17 à 18,5 mètres cubes pour briller, tandis que pour l'alcool à 95 p. 100, elle est de 6,6 mètres cubes, ce qui fait que celui-ci n'a donc besoin que de 12,54 mètres cubes d'air par kilogr. pour sa combustion complète.

Il existe une seconde condition que doit remplir l'alcool utilisé comme combustible de moteur et qui découle de la façon dont il se comporte à la vaporisation.
En se basant sur le nombre de calories nécessaires pour vaporiser 1 kilogr. de benzine et d'alcool supposés à la température de 20 degrés, on trouve que l'alcool, pour être entièrement vaporisé, a besoin de 288 calories et la benzine de 109 calories par kilogr., soit donc pour le premier combustible 2,6 fois plus de calories que pour le second.
La conséquence est que l'alcool, contrairement à la benzine, ne peut être employé dans un moteur dans lequel on n'a pas mis tous ses soins à réaliser un réchauffement très intense.
Une partie de combustible, dans un moteur avec carburateur à pulvérisation, viendra toujours se vaporiser dans le cylindre mémo du moteur. Par suite de cette circonstance, une partie de la chaleur de vaporisation sera toujours prélevée à l'intérieur du cylindre.
Celui-ci se refroidit ainsi proportionnellement à la quantité de chaleur qui lui a été enlevée et conséquemment la température du gaz, pendant la course de compression, monte d'autant moins. Ceci permet de comprimer davantage, tout en restant en dessous de la température pour laquelle il y a danger d'inflammation spontanée.

D'où suit que, dans un moteur à alcool, on peut pousser la compression plus loin que dans un moteur à benzine.
La vitesse de propagation de combustion est pour l'alcool moins grande que pour la benzine, et cela, dans une proportion d'autant plus forte que la compression est plus faible.
Un moteur à alcool a donc besoin de plus d'avance à l'allumage qu'un moteur à la benzine, pour une même vitesse du piston.

Pour conclure, on peut donc poser les conditions essentielles ci-après à remplir par un moteur à alcool.

1. Moteur à haute compression (presque 2 fois plus haute que dans un moteur à benzine).
2. Carburateur avec réchauffement qui permette de former un mélange d'air et de combustible avec un grand excédent d'air.
3. Avance à l'allumage importante.

Moyen pour améliorer les propriétés défavorables de l'alcool par voie de mélange avec le benzol.


Les propriétés défavorables de l'alcool sont :

  • La tendance à la corrosion ;
  • Le faible pouvoir calorifique ;
  • Une vaporisation difficile, tandis qu'en même temps le degré de compression le plus avantageux est de beaucoup supérieur à celui de la benzine.

Par un mélange de l'alcool avec la benzine, on peut obtenir à l'usage des moteurs (et spécialement pour les moteurs qui, à l'origine, ne sont pas spécialement construits pour utiliser l'alcool, tels que les moteurs à la benzine) un combustible de valeur qui remédie à ces désavantages.
Le benzol augmente aussi le pouvoir calorifique de l'alcool. Il a en effet un pouvoir calorifique de 9300 cal. par kilogr. donc beaucoup plus grand que celui de l'alcool, : Un mélange d'alcool et de benzol à raison de 30 p. 100 de benzol, soit deux parties en poids d'alcool et une partie de benzol porte donc le pouvoir calorifique à 7270 calories par kilogr., un chiffre notablement plus élevé que si l'on emploie uniquement de l'alcool.
Enfin le benzol seul peut supporter uns plus forte compression que la benzine c'est-à-dire normalement environ 6,5-7,5 atmosphères. Cette compression est toutefois plus basse que celle que peut tolérer l'alcool, de sorte qu'un mélange benzol alcool n'est susceptible que d'une compression inférieure à celle de l'alcool seul.
La différence entre la compression d'un moteur benzine et celle qu'on peut obtenir par le susdit mélange n'est donc pas si grande que si, au lieu de celui-ci, l'on employait l'alcool seul.
L'alcool qui fut employé pour les essais dont il s'agit dans le présent rapport, contenait 9 à 10 p. 100 de benzol.

N. B.
1° L'auteur du rapport ne mentionne aucunement un inconvénient du mélange, c.a.d.. l’encrassement des machines auquel il donna lieu par suite de la présence du benzol, et qui a souvent porté à faire usage simplement de l'alcool seul, qui n'a pas cet inconvénient ;
2° Pour être complet, il convient pourtant de mentionner qu'il est très possible d'améliorer notablement la qualité d'un combustible pour moteur par divers mélanges d'alcool et de benzine, par exemple : deux parties d'alcool, une partie de benzol et une partie de benzine.
Ce mélange a donné des résultats favorables.
La benzine a l'avantage de faciliter la mise en marche des moteurs et de permettre, par temps froid, que le mélange se comporte favorablement.
Un mélange d'alcool directement avec la benzine est bien possible, mais a l'inconvénient de donner lieu, au cas d'un long arrêt, à une séparation partielle des combustibles.
Le procédé récent qui consiste à traiter l'alcool avec le carbure de calcium a le même but. Par l'action de l'eau contenue dans l'alcool, il se forme en réalité de l'acétylène qui est dissous et qui, par son grand pouvoir calorifique, augmente celui de l'alcool, tandis que, du même coup, celui-ci contient moins d'eau. Il est probable que la préparation se fait sous pression attendu que les essais sous la pression atmosphérique seule donnent peu de résultats,

Conditions à remplir pour qu'un moteur à benzine marche à l'alcool.


La question à résoudre à présent est la suivante : les conditions qui font l'objet de la conclusion du chapitre 1er sont-elles conciliables avec l'emploi de l'alcool dans Un Moteur ordinaire à benzine.

1° Première condition (haute compression).


On voit tout de suite que l'on ne peut satisfaire à la première condition. Un moteur à benzine est construit pour une basse compression et ne peut être approprié, en général, sans inconvénient pour une forte compression (du moins pour une compression aussi élevée que celle nécessaire à l'alcool).
Dans ces derniers temps on en est arrivé à des moteurs à benzine où l'on peut pousser la compression aussi loin que possible notamment dans les moteurs qu'on désigne sous le nom de moteurs poussés), et c'est pourquoi ces moteurs modernes sont mieux appropriés que les anciens types, quand ils sont employés avec utilisation d'alcool.
Dans certaines circonstances, il peut même en résulter un avantage, entr'autres dans les cas où un moteur à benzine, par suite d’une trop haute compression, a des tendances à cogner.
Si l'on emploie, dans ce cas, de l'alcool, ces tendances disparaîtront instantanément (du moins si elles sont uniquement la conséquence d'une trop forte compression).

2° Deuxième condition. — (Carburateur à grand réchauffement — Mélange des gaz à fort excédent d'air).


De même, le carburateur à benzine ne satisfait pas à la deuxième condition. En premier lieu, celui-ci est approprié à la benzine, c'est-à-dire que le niveau indiqué par le flotteur aussi bien que le rapport entre la section de l'orifice du gicleur et celle du passage d'air est calculé pour la benzine. En second lieu, le réchauffement du carburateur à benzine, même s'il existe, n'est pas suffisant pour l'alcool.
Est-il donc nécessaire d'avoir un carburateur spécial à alcool pour rendre le fonctionnement possible ? En principe, non, car, moyennant certains changements, le carburateur peut être convenablement approprié pour l'emploi de l'alcool, pourvu qu'il ne soit pas de construction trop ancienne.

a) Voyons d'abord la question du niveau.

Celui-ci est établi pour une benzine d'un certain poids spécifique, par exemple 0,72.
Si nous venons donc, avec de l'alcool à 93 p. 100 dont le poids spécifique est de 0,82, le flotteur coupera plutôt l'alimentation et le niveau baissera trop. Pour ramener le niveau à la même hauteur, il faut donc employer un flotteur plus lourd.
On peut réaliser facilement cette condition en plaçant une petite plaque sur le flotteur, plaque qui embrasse la tige de celui-ci et dont le poids est réglé de manière que le flotteur atteigne exactement le poids voulu.
La détermination du poids exact d'un tel petit disque ne peut se faire de meilleure façon que par tâtonnements.

b) La question du niveau étant résolue, il s'agit à présent de traiter celle qui se rapporte à la proposition exacte de combustibles à employer.

Si l'on a affaire à un carburateur moderne du type connu sous le nom d'automatique, par exemple : le Zénith, Solex, Pallas, Méco, etc. dans lequel il existe un gicleur spécial, dit de stationnement, qui, en cas de marche lente du moteur, a pour but d'amener à celui-ci un mélange suffisamment riche, il n'y aura pas lieu habituellement d'apporter de modifications à ce gicleur auxiliaire, parce que celui-ci est calculé de manière à fournir précisément ce mélange assez riche en cas d'allure lente du moteur.
Il en est tout autrement avec le gicleur principal et, à plus forte raison, dans les carburateurs qui n'ont qu'un gicleur.
Il faudra évidemment modifier le rapport mutuel des deux éléments : entrée du combustible et entrée d'air, car, ainsi que nous l'avons dit, si la benzine brûle avec 18,5 mètres cubes d'air par kilogr., il n'en faut que 12,5 à l'alcool et celui-ci reçoit encore, dans ce cas, un très grand excédent d'air.
Or, ce combustible, dans un moteur avec carburateur à pulvérisation est aspiré par l'air carburant qui remplit le cylindre à la course d'aspiration.
- Nous pouvons donc affirmer en cas d'emploi de l'alcool que l'air, dans le carburateur, doit prendre 1,5 fois autant de combustible en poids, c'est-à-dire environ 1,3 fois en volume que lors de l'emploi de la benzine.
Les proportions sont donc totalement modifiées.

Comment opérer les modifications nécessaires ?

Pour certains carburateurs où les ouvertures du gicleur sont réglables par une aiguille, on peut ouvrir le gicleur un peu plus. Pour des carburateurs avec gicleur ordinaire, on peut agrandir légèrement l'orifice de celui-ci, auquel cas il ne faut pas oublier qu'il y aura lieu ultérieurement, quand on en reviendra à la benzine, de rendre à l'orifice son diamètre primitif.
Parfois il sera possible, si l'on en a à sa disposition, de placer un gicleur à plus grand orifice, et dans certains carburateurs, dans lesquels la quantité de combustible qui passe par le gicleur est, en fait, commandée par un diffuseur placé à cet effet, de remplacer celui-ci par un autre de diamètre plus grand (p. ex. Zénith, Méco, Pallas, etc.).
La quantité de combustible qui sort par le gicleur est pourtant encore influencée, indépendamment de l'ouverture du passage d'air, par la dépression provoquée autour de l'orifice du gicleur. On peut donc aussi obtenir une alimentation plus grande en augmentant cette dépression, c'est-à-dire, en étranglant l'air, en d'autres termes en diminuant la section d'entrée de l'air principal. Pour certains carburateurs automatiques comme par exemple le Zenith, et dans les types qui dérivent de celui-ci, cela peut se faire assez facilement, parce que l'organe qu'on appelle « petite cheminée à air » et qui est situé autour du gicleur, est amovible et peut être remplacé par un autre plus petit.
Pour d'autres carburateurs, on peut, quand c'est nécessaire, boucher partiellement les ouvertures du passage d'air.
Pour un très grand nombre de carburateurs on cherche à maintenir la proportion de mélange exacte, pour un nombre variable de révolutions, puisqu'un certain volume d'air additionnel est amené en proportion d'autant plus grande que le moteur tourne plus vite.
Pour des carburateurs du type avec soupape ou bague rotative pour l'air additionnel on peut donc agir aussi sur cet air supplémentaire, soit en renforçant le ressort qui commande la soupape (en le tendant ou en plaçant un ressort plus fort), soit en bouchant partiellement les ouvertures d'admission de cet air.

Par les procédés précités on peut donc, en cas d'emploi de l'alcool, régler la proportion de combustible et d'air. La meilleure solution dépend pourtant de chaque cas particulier. C'est donc une question de jugement et d'essai, mais en même temps, toutefois, on fera bien de suivre les indications qui sont données plus loin au sujet du réchauffement, avant de se lancer trop avant dans les modifications.

La voie à suivre est, en somme, la suivante : provisoirement, on ne touche pas au gicleur et l'on commence par l'air. Si l'on a un carburateur avec alimentation d'air additionnel, on commence par agir sur celle-ci.
Si cela ne suffit pas (tenir compte aussi de ce qui se dira plus loin sur le réchauffement), c'est-à-dire si le moteur ne fonctionne pas bien (s'il cogne par retour dans le carburateur), on agira sur les ouvertures de passage d'air principal.
Les essais doivent toujours être faits sur routes de façon à pouvoir contrôler si la voiture tire, etc.
Si l'on n'arrive pas, de cette manière, à un résultat satisfaisant, on peut encore voir, avant d'apporter des modifications au gicleur même, si une surélévation du niveau dans la chambre du flotteur jusqu'au-dessus du niveau primitif ne peut être parfois d'un certain secours.
Au maximum, on peut régler ce niveau de telle façon que le combustible forme juste une goutte au-dessus du gicleur sans déborder.

Nonobstant les indications qui précèdent, l'on n'obtient pourtant pas encore un résultat suffisant, si l'on ne peut arriver à un meilleur réchauffement que dans un carburateur à benzine. L'alcool a, en effet, une si grande chaleur de vaporisation qu'un réchauffement est absolument nécessaire.
C'est pour cela, d'ailleurs, que l'on doit procéder aussi aux divers essais de fonctionnement du carburateur dans un moteur chaud et non froid.
Quand le carburateur est froid, on aura de la peine à mettre le moteur en marche, en cas d'utilisation de l'alcool, surtout en saison froide, même si le carburateur a déjà été mis au point. Même si le moteur peut marcher avec l'alcool quand il existe un gicleur de stationnement, on ne pourra pas encore, lors d'une température quelque peu froide, obtenir qu'il continue à marcher.
C'est pourquoi il est recommandé dans chaque cas, quand on veut faire usage de l'alcool, d'avoir à la voiture un réservoir auxiliaire de benzine grâce auquel on puisse mettre le moteur en marche à toute époque de l'année et le laisser marcher jusqu'au moment où il s'est réchauffé.
Que doit-on faire ensuite pour obtenir le réchauffement nécessaire ? En général, il est recommandable de réchauffer en tout cas l'air principal. On peut le faire en laissant circuler cet air le long du tuyau d'échappement et en l'amenant vers le carburateur par une conduite entourée de cordes d'amiante.
Dans le cas où il n'y a pas de dispositif de l’espèce ; on peut le réaliser facilement soi-même.
Souvent il apparaîtra nécessaire, dans des moteurs à prise d'air additionnel, de réchauffer celui-ci de la même manière.
Cela n'est pas toujours aussi facile, par exemple, dans des carburateurs G. et A. , 
Jarnac, Cudel, etc., qui sont assez compliqués.
Habituellement on obtient beaucoup par ce réchauffement d'air, mais pourtant on peut encore avoir un meilleur résultat en chauffant le combustible quand il est encore à l'état liquide, par exemple en enroulant la conduite d'alimentation de quelques tours autour du tuyau d'échappement. Il convient toutefois, dans ce cas, de prévoir une dérivation directe, de façon que l'on puisse à volonté avoir une communication ou bien directe avec le carburateur, ou bien par les spires d'échappement autour du tuyau d'échappement.
On doit pouvoir se servir de l'une ou de l'autre à volonté. Il peut en effet se présenter, au cas où la conduite d'alimentation entoure le tuyau d'échappement, que celle-ci s'échauffe trop, après quelque temps de roulage, ce qui peut offrir des inconvénients et même des dangers. Dans cette éventualité on doit pouvoir établir une communication directe.
Si l'on ne voit pas d'inconvénient à placer une tuyauterie quelque peu encombrante, on peut ainsi placer une deuxième enveloppe autour de la chambre du flotteur et la faire traverser par une partie des gaz d'échappement.
Certains carburateurs ont déjà un réchauffement de la chambre du carburateur, soit par l'eau de circulation du moteur, soit par les gaz d'échappement.
Dans le premier cas, il n'y a rien à y changer ; dans le second il peut être nécessaire, au cas d'emploi de l'alcool, d'augmenter le diamètre de la tuyauterie de communication du tuyau d'échappement avec la deuxième enveloppe susdite.

Troisième condition. (Avance à l'allumage).


Comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'alcool peut supporter une avance à l'allumage plus grande que la benzine; c'est pourquoi il est recommandé d'en produire l'inflammation un peu. plus tôt que pour celle-ci. Si on le fait en provoquant plus tôt l'étincelle, on ne doit pas oublier, dans le cas où l'on en revient à la benzine, de ramener le déclenchement à la magnéto à sa position primitive.