lundi 20 novembre 2017

Calcul des consommations théoriques à l'E85



Formule utile pour estimer la consommation supplémentaire par rapport à le consommation au SP.
Un peu d'aspirine peut être nécessaire à certains.

En général, l'E85 (mélange été) est constitué de 85% d'éthanol 2,1% MTBE/ETBE, 0,4% d'isobutanol agent dénaturant, et 12,5% d'essence sans plomb.
La composition varie en fonction des saisons et de la nature de l'essence de base et des additifs de chaque pétrolier.
On peut considérer que l'E85 est composé uniquement d'essence de pétrole et d'alcool industriel.

Pour plus d'explication, voir le blog de Ceyal E85 sans boitier: La Compil (parties en anglais) cf point 1.3 "1.3 Pouvoir calorifique & surconsommation"


Pouvoir calorifique des carburants

Le pouvoir calorifique de l'E85 été se calcule en MJ/L de la façon suivante :

(21,1 * 85% ) + (32,2 * 12,5%) + (26,9 * 2,1%) + (29,2 * 0,4%) = 22,7 MJ/L

que l'on peut simplifier en (21,1 * 85%) + (32,2 * 15%) = 22,8 MJ/L

Pour trouver le pourcentage de consommation supplémentaire du mélange à l'alcool par rapport à l'essence Supercarburant Sans Plomb, on applique un coefficient un peu mystérieux de 4% qui provient d'une optimisation du calculateur de l'avance et des temps d'injection.
Par exemple, les moteurs Renault au Brésil sont annoncés à l'E100 avec 3 à 5% de puissance supplémentaire qu'au Gasolina (E27). A chacun de trouver son coefficient optimum.

Consommation supplémentaire un mélange E85 été : ((22,8/32,2)-1)*96% = +28,0%
Un véhicule consommant 6,0 litres au 100 km sur départementale consommera en 7,68 litres pour 100 km en E85.


Consommation supplémentaire au mélange SP/éthanol
Le LTFT évolue aussi selon la concentration en alcool moteur mais selon une loi différente.

Articles complémentaires :
LTFT et consommation
E85 plus efficace que le SP : les raisons

Il faut comparer les consommations à l'E85 ou avec un mélange de SP/E85 aux consommations au SP dans les mêmes conditions de conduite.
Il n'est pas rare d'avoir une consommation en ville ou sur autoroute supérieure de 30% à la consommation constatée sur les routes de campagne. Climatisation et nombre de démarrage influent fortement sur la moyenne.


dimanche 19 novembre 2017

La Dacia Sandero Stepway E85

J'aurais dû réfléchir à l'époque


La seule Sandero Stepway E85 jamais disponible en France. Le diesel représentait alors 72,4% des immatriculations du modèle.
J'ai acheté aussi un diesel Dci 85 à l'époque car c'était un très bon plan, mais je n'aurais pas dû le faire et je conduirais encore aujourd'hui cette Sandero E85.

Pas trop de regrets cependant, le Tce 90 accélère mieux, est presque aussi rapide et consomme un peu moins.

La Dacia Sandero Stepway 1.6 16v bioéthanol était moins cher à l'achat de 1.610 € par rapport à la variante dCi 90, grâce à un prix fixé à 10.990 €.
Sous le capot Dacia a repris une ancienne mécanique de Renault, le 1,6 16 soupapes de 105 cv  et 148 Nm de couple.
Selon les valeurs théoriques de la marque, la consommation moyenne passe de 6,9 L/100 km au SP  à 9,5 L/100 avec l’E85.
Soit une consommation supplémentaire de 2,6 L/100, environ 37%. En ville la consommation dépasse les 10 L/100 avec 12,7 L/100 contre 9,1 L/100 avec de l'essence de pétrole.

La Dacia Sandero I Stepway 1.6 16V 105 E85 est rare en occasion

Dacia Sandero I Stepway1.6 16V 105 E85

Inutile de vous dire, qu'à part le moteur K4M en version E85, tout le reste et standard conformément à la politique de massification de Dacia/Renault.

Il ne me reste plus qu'à en trouver une.


Caractéristiques Dacia Sandero Stepway bioethanol (conso au SP)

Bilan de 66500 km à l'E85

Consommations réelles, prix de revient et confort de conduite


Plein Leclerc 2017-11-17

Ça faisait un moment que je ne publiais pas de chiffres sur les consommations de la Dacia Stepway TCe 90 cv / H4BT et celles de la Chevrolet Spark / Beat S-TEC II 81 cv.

Ces deux moteurs ont la même consommation à la base mais le Stepway fait beaucoup plus de longs trajets à chaud que la Spark / Beat et "refuele" souvent après avoir fait de la ville encombrée durant plusieurs jours.

  • les kits sont identiques pour les deux voitures ;
  • la Dacia Stepway dispose d'un 3 cylindres Turbo de 0,9 Litre 90 CV, la Chevrolette d'un 4 cylindres atmosphérique de 81 CV ;
  • la Dacia effectue beaucoup de kilomètres de ville très encombrée, la Chevrolette fait bien plus de  micros-trajets 
  • La Dacia effectue souvent de très longs trajets en une seule fois, la Chevrolette rarement.
  • La Dacia paie l'E85 plus cher que la Chevrolette qui bénéficie d'un environnement très favorable car le prix moyen d'achat du litre est de 0,50 € alors que la Dacia achète son carburant entre 0,50 € (Région de la Spark), 0,64 € (voyages), 0,54 € en moyenne malgré quelques promotion à prix coûtant comme sur la photo.

Consommations


On observe sur le graphique ci-dessous que la consommation moyenne devient plus précise avec les kilomètres accumulés et tend à coller à la courbe des consommations théoriques à l'E85 avec un petit gain observé depuis l'achat des kits ce été.

Relevés cumulés sur 66524 km

Prix de revient


Avant kit


  • Pour la Spark / Beat le défaut d'injection trop pauvre apparaissant vers E55/E60.
    • La surconsommation en E40 moyen a été de 13% 
    • L'économie par rapport au SP était de 23%.
    • Avec ce faible dosage en alcool moteur, la Chevrolet coûtait plus cher (11%) en carburant qu'un diesel équivalent.
  • La Sandero Stepway pouvait rouler en limite du calculateur en E75.
    • La suconsommation en E60 a été de 20%.
    • L'économie par rapport au SP était 37%
    • Le TCe 90 permettait de rouler moins cher que Stepway Dci 90 (-7%) 

Avec kit


Il y a encore un peu de consommation d'essence, il a bien fallu finir le stock.

  • La Chevrolet rattrape son retard avec un PRK aux 100 km de 4,28 € même si elle consomme beaucoup à cause des multiples petits trajets.
    • L'économie réalisé par rapport au SP est de 52%
    • Elle roule pour moins cher qu'un diesel (-31%), c'est comme si  elle consommait 3,41 L/100 de gasoil.
  • Le PRK de la Stepway est de 4,67 € au 100 km. La consommation est moins importante de celle de la Chevrolet car la voiture fait de longs trajets. Le prix d'achat de l'E85 pénalise le PRK car l'E85 de la Stepway est en moyenne 7% plus cher.
    • La Stepway permet d'économiser 51% par rapport au SP.
    • Le gain par rapport au diesel est de 28%, équivalent à 3,72 l/100 de gasoil.

Prix de revient des kits - 66524 km

Amortissement des kits


Les kits et leur montage ont chacun coûté 400 €.

  • Les kits s'amortissent en 8500 km par rapport au SP
  • La Chevrolet amorti son kit en 16000 km par rapport à l'ancien mélange E40
  • La Dacia amorti le kit en 29000 km car elle roulais auparavant en E60.


Amortissement des kits


Confort de conduite


  • Les moteurs ont un peu plus de souplesse.
  • Il y a moins de cognement au ralenti.
  • En Open Loop, le moteur réagit très bien et les STFT sont pris en compte.
  • Le bruit d'échappement n'a pas changé
  • Un peu moins de vibrations à tous les régimes moteur.
  • Peut être un petit mieux en puissance, mais il faudrait les passer au banc.
  • Fini la corvée des mélanges, 100% d'E85 à chaque fois sans faire de calculs mais l'autonomie est diminuée.
  • Les consommations et le calcul d'autonomie de la Stepway se font toujours sur la base du SP. La jauge électronique se recale de temps en temps (heureusement) mais attention à ne pas tomber en panne d'E85 car la distance restante estimée est réduite d'environ un tiers.

Démarrages à froid


  • La Chevrolet qui a toujours eu des difficultés démarrer un un tour de clef en E75 jusque 8° quand le temps est humide. Par temps sec, un tour de clé seulement. C'est un bon résultat car auparavant, pour obtenir le même résultat, il fallait avoir un mélange E35 dans le réservoir.
  • Le Stepway démarre impeccablement par températures légèrement négatives avec un mélange été dans le réservoir. 

dimanche 12 novembre 2017

1947 : Utilisation de l'alcool comme carburant aviation

Titre : L'Air : revue mensuelle : organe de la Ligue nationale populaire de l'aviation

Auteur : Ligue nationale populaire de l'aviation (France). Auteur du texte

Éditeur : [s.n.] (Paris)

L'ALCOOL "Carburant Aviation"


Dans un précédent a Propos en l'air * (L'Air du 20 décembre 1946), il était fait état de la demande d'un lecteur s'étonnant qu'on n'ait pas encore, dans l'aviation, cherché à remplacer le carburant essence par le carburant alcool qui semblerait devoir donner, avec les injecteurs dont sont munis la plupart des moteurs actuels d'avion, des résultats supérieurs à ceux de l'essence avec des risques d'incendie infiniment moindres et des risques d'explosion inexistants.

Ce lecteur, est sans doute influencé, à juste titre, par les expériences entreprises sur les moteurs d'automobiles et les résultats annoncés avec les dispositifs Brandt, Jalbert, Relel, etc..., et vraisemblablement aussi par les conclusions du "Cycle de l'Alcool-Carburant" a organisé il y a trois ans par la Société des Ingénieurs de l'Automobile. Jugeant toutefois que la difficulté n'est pas mince de remplacer un carburant universellement connu et apprécié comme l'essence, par un autre carburant moins généralisé, il lui semblait aussi que pour un pays démuni de devises, il y aurait intérêt à ce que la question puisse faire l'objet d'une élude approfondie.

Le problème est ainsi nettement posé.

Pour ma part, je n'ai certes pas la prétention de livrer l'étude réclamée, encore bien moins de poser "au technicien de carburants" capable d'apporter la solution définitive. Tout au plus me permettrai-je d'éclairer le débat par l'exposé plus détaillé des données du problème et de relater quelques-uns des résultats acquis, car l'alcool, pour des circonstances particulières, est déjà entré dans le domaine des applications pratiques généralisées. Pour le reste, comme nous le verrons par la suite, la parole est aux thermodynamiciens... et aux Pouvoirs publics, à qui il appartient de prendre des décisions.

Il est exact que l'utilisation de l'alcool pur en remplacement de l'essence dans les moteurs d'avion n'a donné lieu qu'à des recherches et essais sporadiques. Les raisons sont multiples. L'une des principales est sans conteste la routine. Depuis de longues années la construction des moteurs était engagée avec l'essence et suivant des dispositifs très classiques. Ce n'est que ces toutes dernières années qu'on a appliqué l'alimentation par injection, beaucoup par esprit d'imitation, après que l'aviation allemande eut démarré dans cette voie.

Les constructeurs français — très rares — les américains et les anglais — plus nombreux — ont cru, à l'origine, que l'adoption de i'injection par les ingénieurs allemands tenait à des considérations d'ordre thermodynamique, à une amélioration notable du rendement. En réalité, cette concession, très onéreuse, répondait à des impératifs d'ordre tactique. En effet, la consommation spécifique des moteurs allemands à injection n'a pas marqué de progrès sensibles sur celle des bons moteurs anglais, américains, et même français. appliquant au mieux la "carburation externe".

Aujourd'hui encore, dans l'état actuel de la technique des moteurs à essence, l'injection directe, aussi bien que l'emploi de carburateurs à injection (introduction sous pression du carburant dans la tubulure d'admission après les papillons d'air et avant le compresseur) ne se distingue pas, pratiquement par une réduction sensible de la consommation spécifique, signe d'un meilleur rendement. Ce qu'on observe, par contre, c'est l'annulation presque totale des effets malencontreux d'inertie et de gravité qui sont le lot des systèmes comportant pointeaux et flotteurs. L'alimentation est plus régulière, pour tous les régimes et surtout pour toutes les positions de l'aéronef. Les risques de givrage et de "vapor lock" sont également éliminés. Ce sont là des avantages non négligeables, dont les Allemands surent profiter, d'autant qu'ils disposaient d'un constructeur de pompes et d injecteurs alliant à une technique éprouvée des appuis politiques.



Schéma du carburateur à infection Hobson comportant un dispositif d'injection de mélange méthanol-eau et adopté par presque tous les constructeurs anglais 'de moteurs d'avions.


En ce qui concerne encore l'aviation allemande, il est certes assez surprenant — et de cela nous devons nous en féliciter — qu'elle n'ait pas songé à utiliser l'alcool, et plus spécialement le méthanol. En effet, obligés de recourir à l'essence de synthèse, de qualité médiocre, les Allemands auraient pu tirer un meilleur emploi de leur charbon en s'orientant sur le méthanol de synthèse, puisque les premières phases du procédé Fisher sont identiques. En ne poussant pas l'opération jusqu'à l'essence, on économise environ 30% de la matière première (charbon ou lignite) et l'on obtient un carburant doté d'un indice d'octane élevé, alors que l'essence de synthèse, très détonante, exige des traitements ultérieurs et l'emploi de dopes antidétonants. Ce n'est que sur le tard, avec les V 1 et les V 2 que les Allemands, non sans dommage pour nous, ont utilisé le carburant alcool.

Quant aux aviations, anglaise et surtout américaine, il n'a pu être question de substituer l'alcool à l'essence, pour l'excellente raison a priori qu'elles disposaient, immédiatement, de quantités déjà relativement considérables de pétrole, donc d'essence, et à un prix inférieur à celui d'un alcool agricole ou de synthèse, même produit dans les meilleures conditions techniques. Cette raison dominera encore le fond du problème tant que des signes certains d'épuisement des gisements pétrolifères ne seront pas apparus, et pour tous les pays ou tout ce qui est carburant n'est pas prétexte à une fiscalité outrageusement démesurée. (Ne perdons pas de vue qu'en France ce qui revient à 2 fr. 75 le litre CIF est vendu près de 20 fr. par le jeu des taxes et droits divers, et bientôt même 49 fr. pour le carburant auto).




Courbes des puissances et de consommation du moteur Pratt et Whitneg « Double Wasp » (version commerciale). On remarque qu'avec l'infection d'eau-méthanol la puissance possédé 2.100 à 2.450 CV cependant que la consommation de carburant tombe de 370 g. (sans injection) à 275 g. par cheval.h. Les chevaux supplémentaires sont donc obtenus très avantageusement moyennant une dépense, par cheval.h., de 40 g. de méthanol compense par une économie de 95 g. de carburant à plus de 100 d'octane.


Ajoutons, enfin, que l'essence est, en raison du développement considérable de l'activité des sociétés pétrolières, un carburant véritablement international. Pratiquement, en période normale, l'approvisionnement est assuré dans toutes les régions même peu civilisées. On ne saurait en dire autant de l'alcool. Sa production est loin d'atteindre le niveau de l'extraction du pétrole, et le prix de revient est, dans l'ensemble, plus élevé. Ces inconvénients, que l'on peut qualifier de majeurs, ne peuvent se compenser, et dans la limite des possibilités de production, que par des avantages techniques indiscutables, ou, à défaut, par des motifs d'ordre particuliers, économiques ou militaires.

Aussi bien, ne perdons pas de vue que les avantages techniques de l'alcool, avec les possibilités d'utilisation — à l'état pur — n'ont été mis en évidence, et pour des raisons diverses, que tout récemment. On peut, toutefois se montrer surpris que les spécialistes du moteur d'avion, pour lequel le prix de revient n'est pas la préoccupation dominante, n'aient pas songé à tirer des enseignements convenables auprès des constructeurs de moteurs de voilures de course. Pour celles-ci, en effet, l'alcool est depuis longtemps le carburant de choix, et pour des engins dont on exige, à l'image des moteurs d'avion, des puissances massiques élevées. Signalons, en passant, que lors du dernier Grand Prix d'Indianapolis, une forte majorité des concurrents, dont le vainqueur, employait l'alcool pur, ou des mélanges fortement alcoolisés. Et cela dans le pays où l'on trouve facilement du 100 d'octane et plus. (La capacité de production étant de 36 milliards de litres/an.)

Sur le plan des impératifs d'ordre économique ou militaire pouvant conduire à l'adoption de l'alcool se situent, les difficultés financières : manque de devises, ou impossibilités d'assurer l'approvisionnement en produits pétroliers (blocus) ou encore la nécessité de réserver le pétrole à des emplois techniquement ou économiquement plus justifiés (cas du caoutchouc synthétique par exemple).

Les avantages techniques sont mis en évidence par les considérations suivantes, valables dans l'état actuel de la technique des moteurs classiques à pistons, dans lesquels le rendement reste lié au rapport volumétrique de compression. Or, on sait que l'accroissement de celui-ci est limité, indépendamment des contraintes mécaniques, par l'apparition des phénomènes de détonation et d'auto-allumage.

En ce qui concerne l'auto-allumage, par points chauds, il est plus ou moins, facile d'y remédier par une disposition convenable de l'architecture du moteur, le choix des matériaux, les conditions de refroidissement, etc... Ces mêmes facteurs ont également une influence encore plus marquée, sur la détonation, phénomène dont l'explication a donné lieu jusqu'ici à plusieurs hypothèses et à un seul remède : la réalisation de carburants... indétonants et pour lesquels on a construit assez empiriquement la théorie aussi fragile que conventionnelle de l'indice d'octane.

Or, précisément, des recherches nouvelles sur les carburants et les moteurs d'aviation ont mis en évidence la fragilité de cette théorie. En effet, pour les carburants fortement indétonants et les taux de compression élevés, les résultats enregistrés sur moteur expérimental ne sont plus reproductibles sur moteur réel. Si bien qu'actuellement on est à la recherche d'un nouvel indice de qualité. La solution ne sera pas trouvée sans mal, puisque d'une étude toute récente de M. Carbonaro, il apparaît que 16 facteurs principaux sont responsables de la détonation, dont 6 seulement dépendent de la nature du carburant, et les 10 autres, uniquement du mode de carburation ou de la structure et du régime du moteur.

Comme nous inclinons à penser que cette question n'est pas sans intérêt, à divers titres, pour les lecteurs de cette revue, nous l'examinerons plus à loisir dans le cadre d'un prochain article.

Pour ne pas laisser le lecteur sur sa faim, disons dès maintenant que, si les alcools, et plus spécialement le méthanol, ont marqué dans les essais récents, une très nette supériorité sur les hydrocarbures, ils le doivent à certaines caractéristiques particulières qui en recommandent l'emploi pour l'établissement de moteurs à haut rendement. Celui-ci, dans les moteurs à pistons, reste lié aux taux de compression élevés. Les caractéristiques intéressées sont, notamment : la température d'inflammation élevée (460° pour le méthanol contre 285° pour l'essence) qui retarde d'autant le moment où la vitesse de réaction — réaction chimique dans la chambre de combustion ménagée dans la partie haute du cylindre — prend une valeur énorme. Cette température caractérise l'instant où tout le mélange s'enflamme pour ainsi dire d'un seul coup. Une basse température d'inflammation ne permet donc pas de pousser très loin la compression.

La très forte chaleur de vaporisation des alcools, par prélèvement de calories dans le milieu ambiant, a pour effet d'assurer un refroidissement énergique interne. En abaissant la température en fin de compression — ce qui s'effectue plus efficacement dans le cas où le carburant est introduit directement dans le cylindre, sans avoir été « réchauffé » extérieurement (précisément pour fournir les calories nécessaires à la vaporisation et favoriser la pulvérisation assurée insuffisamment par les carburateurs classiques) — on réduit les risques d'auto-inflammation prématurée.

Quant à la chaleur spécifique des alcools, plus élevée que pour les hydrocarbures, elle se traduit par des valeurs moindres de la pression d'explosion.

En d'autres termes, l'alcool, en réduisant sensiblement les contraintes thermiques et mécaniques, supporte plus aisément que les hydrocarbures les taux de compression élevés, lesquels tendent, précisément, à accroître ces mêmes contraintes.

C'est pourquoi, à défaut de l'emploi de l'alcool pur, les aviations : allemande d'abord, puis américaine et anglaise, ont fait appel à des dispositifs d'injection temporaire de méthanol, mais plus exactement de mélange eau-méthanol, afin d'obtenir des surpuissances momentanées, notables, aux moments critiques, soit au décollage, soit pour des manœuvres tactiques.

Les visiteurs attentifs du Salon de l'Aviation ont pu remarquer en effet, que tous les moteurs modernes : Napier-Sabre, Bristol « Hercules » et « Centaure », Rolls-Royce « Merlin » et « Griffon », Wright « Cyclone », Pratt et Withney le «Wasp Major » comme le « Double Wasp », comportaient tous de tels dispositifs assurant des surpuissances de l'ordre de 20 à 40%. Le « Wasp Major » peut ainsi fournir, au décollage, 3.550 CV avec injection, contre 3.295 CV normalement. Quant au Napier-Sabre, passant de 2.400 CV à 3.055 CV avec injection d'eau et de méthanol, il accuse ainsi 83,5 CV par litre de cylindrée, et pour un poids de moteur de 328 gr. par CV. Ce qui est évidemment une belle performance à inscrire à l'actif de l'alcool en tant que carburant, auxiliaire il est vrai, d'aviation.

On peut donc rectifier, dans un sens favorable, l'opinion, du lecteur qui constate ainsi que l'alcool a déjà sa part dans l'aviation, et nombre d'aviateurs lui doivent la vie, pour avoir simplement manœuvré, au moment opportun, la tirette commandant l'injection de surpuissance du méthanol.


samedi 11 novembre 2017

1901/1933 : Essais de plusieurs fluides dans les moteurs à injection


J'ai trouvé un court article de 1933 de CLERGET, dont RETEL s'est probablement inspiré,  dans la revue Le Génie civil : revue générale des industries françaises et étrangères.

Ce qui est intéressant, c'est qu'on apprend que la démarche a commencé en 1901, poursuivis en 1933 et que ces essais sont effectués sur un moteur unique avec des fluides tels que l'eau, l'alcool moteur, l'essence de pétrole et le gasoil.

Essais de plusieurs fluides dans les moteurs à injection.


J'ai tenté depuis longtemps d'améliorer la combustion et d'augmenter la puissance des moteurs par l'emploi simultané, avec le combustible, soit de fluides qui semblent jouer le rôle de catalyseurs d'oxydation, soit de composés endothermiques.

J'ai expérimenté : l'eau, seule ou contenant en solution des corps susceptibles de fournir de l'oxygène par leur décomposition; des alcools nitrés ; des aldéhydes contenant de l'acétylène en solution.

J'ai constaté une action certaine sur les imbrûlés habituels des moteurs à huile lourde. Cette action s'est traduite par la disparition, parfois complète, de la fumée à l'échappement, par un fonctionnement sans chocs, par la diminution de la pression maximum et par une augmentation de puissance.

J'ai dû abandonner la poursuite de ces travaux en 1901 par suite de différentes circonstances, en particulier parce que je ne disposais pas d'aciers résistant à l'oxydation et en raison des dangers que présentait, avec certains fluides, l'imperfection de l'injection.

Les perfectionnements apportés depuis cette époque dans les appareils et le moteur, notamment les grandes vitesses de piston et l'emploi des métaux résistant à l'oxydation, permettent de reprendre ces essais.

J'ai pu réaliser, au Service des Recherches de l'Aéronautique, un moteur à grande vitesse dont le dispositif d'injection utilise l'injection multiple. Les jets de combustible et de fluide auxiliaire se rencontrent dans la culasse pour favoriser leur action réciproque. Le taux volumétrique de compression est de 15, assurant l'allumage automatique.

J'ai pu essayer comparativement l'injection de gasoil seul et l'injection simultanée de gasoil et d'éthanol à 90°.

Le résultat est le suivant :




Le cylindre employé est à quatre temps, avec un alésage de 140 mm et une course de 170 mm, une cylindrée de 2,61 litres. Dans ces conditions, il eût développé avec l'essence 50,96 ch, soit 19,6 ch/1.

  • Le premier essai, au gasoil seul, correspond à la puissance normale d'utilisation d'un moteur à huile lourde : 38,6 ch, soit 14,8 ch/1. L'échappement comporte la fumée due à une combustion incomplète.
  • Le second essai a été réglé pour développer la même puissance, mais avec une injection d'éthanol suffisante pour assurer une combustion aussi complète que possible. L'échappement est à peine visible.
  • Le troisième essai a été réglé pour une consommation totale en poids de 230 grammes. Dans ces conditions, la puissance a été de 20,7 ch/1, supérieure à celle que l'on obtient habituellement avec l'essence. L'échappement est légèrement foncé.


Il résulte de ces essais qu'il est possible, en employant le gasoil et l'éthanol, d'obtenir, à consommation égale par cheval, une puissance supérieure à celle développée avec l'essence.

Dans les conditions indiquées, le moteur à essence aurait un rendement thermique de 25,1%. La marche au gasoil seule donne un rendement de 30 %, mais une puissance plus faible.

Avec le gasoil et l'éthanol, on obtient, si l'on marche à cette puissance relativement réduite, un rendement de 39,2 % ; mais on peut marcher à une puissance égale à celle de l'essence en conservant un rendement thermique de 32,4 %

On peut espérer trouver un fluide fonctionnant comme catalyseur d'oxydation mais présentant une puissance calorique supérieure à celle de l'éthanol ou les propriétés d'un composé endothermique. L'emploi d'un tel fluide permettrait, avec le moteur à taux de compression élevé, de développer une puissance supérieure à celle que donne l'essence, et cela avec une consommation inférieure.